Représentant le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la Première ministre de la République démocratique du Congo a livré, mardi, un discours offensif devant la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, mêlant plaidoyer pour la réforme multilatérale, dénonciation de la guerre à l’Est du pays et propositions sur la gouvernance des ressources stratégiques.
Reprenant le thème de la session rétablir la confiance et gérer la transformation , la cheffe du gouvernement a estimé que cette confiance ne pourra être restaurée tant que le respect du droit international variera selon les puissances ou les régions du monde. Elle a appelé à donner sa pleine force à la Charte des Nations Unies, notamment à l’égalité souveraine des États et à l’intégrité territoriale.
Sur la réforme institutionnelle, Kinshasa a réaffirmé son soutien au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, réclamant deux sièges permanents et deux sièges non permanents supplémentaires pour l’Afrique au Conseil de sécurité.
Le passage le plus dur du discours a porté sur la crise sécuritaire dans l’Est congolais. La Première ministre a accusé le Rwanda de mener, via le mouvement AFC/M23, une guerre d’agression violant la souveraineté congolaise, aggravée par les exactions des ADF et de la CODECO. Elle a salué l’accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025 ainsi que le processus de Doha, tout en reconnaissant que la paix demeure, pour des millions de Congolais, une promesse non tenue.
Elle a exigé l’exécution intégrale de la résolution 2773 du Conseil de sécurité : cessation des hostilités, retrait des forces rwandaises, désengagement de l’AFC/M23 et retour des personnes déplacées. Concernant les FDLR, souvent invoquées par Kigali pour justifier sa présence militaire, elle a rappelé le protocole de désarmement signé le 30 mai 2026 et un premier rapatriement de combattants effectué début septembre avec l’appui de la MONUSCO.
Premier producteur mondial de cobalt, la RDC a proposé la création, sous l’égide de l’ONU, d’un cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques justes et traçables, associant pays producteurs, transformateurs et consommateurs. La Première ministre a insisté sur la lutte contre le travail des enfants dans les mines et sur la volonté du pays de transformer davantage ses ressources sur place plutôt que d’en rester au stade de l’extraction. Le Corridor de Lobito a été présenté comme un futur axe d’industrialisation régionale, au-delà du simple transport de matières premières.
Le discours a également mis en avant les progrès de la gratuité de l’enseignement primaire depuis 2019 (plus de 21 millions d’élèves en 2023-2024), la lutte contre l’épidémie de virus Ebola de souche Bundibugyo, et le rôle du bassin du Congo dans la régulation climatique mondiale. Sur le financement, Kinshasa a chiffré à plus de 70 milliards de dollars ses besoins pour atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030, tout en déplorant une baisse de plus de 23% de l’aide publique au développement en 2025.
La Première ministre a conclu en appelant à une responsabilité collective, affirmant que la RDC entend poursuivre sa propre transformation tout en contribuant à celle de l’Organisation des Nations Unies.
Par Jeanpy Kabongo Kambeta









