À l’occasion de la session à huis clos des Chefs d’État et de gouvernement du IIIème Sommet Russie-Afrique, le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a prononcé une allocution remarquée. Devant ses homologues et le Président russe Vladimir Poutine, le Chef de l’État a rappelé la vision de la RDC pour un partenariat équilibré, tout en lançant un vibrant appel à la paix dans l’Est congolais et à la réforme de la gouvernance mondiale.
D’entrée de jeu, le Président congolais a tenu à clarifier la position diplomatique de Kinshasa dans un monde en quête de multipolarité. Pour la RDC, diversifier ses relations ne signifie nullement s’aligner, mais bien consolider sa liberté de choix
« Pour nous, diversifier nos partenariats n’est pas choisir un camp : c’est renforcer notre liberté de décision au service de nos populations. »
Félix Tshisekedi a insisté sur le fait que l’aspiration à un monde multipolaire doit impérativement s’accompagner du respect strict de la Charte des Nations Unies, de l’intégrité territoriale de chaque État et du règlement pacifique des différends.
Abordant la situation sécuritaire critique qui prévaut dans l’Est de la RDC, le Chef de l’État a rappelé que la guerre et l’exploitation illicite des ressources naturelles constituent un frein rédhibitoire au développement. Tout en saluant les efforts diplomatiques menés à travers les processus de Washington et de Doha, ainsi que la médiation de l’Union africaine, le Président a rappelé les exigences incontournables fixées par les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU, à savoir la cessation immédiate des hostilités, le retrait du M23 des zones occupées, l’arrêt du soutien des Forces de défense rwandaises à ce mouvement armé et leur retrait du sol congolais, ainsi que la fin de tout appui aux groupes armés et la neutralisation effective des FDLR.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Russie a été appelée à soutenir pleinement l’application de ces résolutions adoptées à l’unanimité. Pour Kinshasa, la protection des civils et le retour digne des réfugiés et déplacés demeurent la boussole de toute action humanitaire et sécuritaire dans la région des Grands Lacs.
Sur le plan bilatéral et multilatéral avec la Russie, Félix Tshisekedi a plaidé pour des retombées concrètes mesurables sur le quotidien des populations. Il a ainsi ciblé quatre grands secteurs prioritaires pour la RDC; l’énergie à travers la valorisation du potentiel hydroélectrique national et l’exploration du nucléaire civil, les infrastructures pour désenclaver et connecter les territoires, l’industrie avec la transformation locale des minerais, et la sécurité alimentaire par le développement de l’agriculture et l’accès facilité aux engrais. Pour concrétiser cette ambition, le Président congolais a proposé qu’un nombre limité de projets prioritaires soient rigoureusement sélectionnés par les ministres des deux parties, assortis de financements clairs, de calendriers précis et d’évaluations régulières lors du prochain Forum de partenariat Russie-Afrique.
Exerçant actuellement un mandat de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2026-2027, la RDC a réaffirmé son attachement au dialogue face aux crises mondiales, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou du Moyen-Orient, dont les répercussions économiques pèsent lourdement sur les denrées et l’énergie en Afrique. Enfin, le Chef de l’État a réitéré la position africaine commune ancrée dans le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte exigeant la réforme du Conseil de sécurité pour corriger l’injustice historique faite au continent africain et mieux articler l’action onusienne avec les mécanismes africains de paix. C’est donc sous le signe du respect mutuel, de la réciprocité et de l’exigence de résultats que la RDC entend bâtir une relation de confiance durable avec la Fédération de Russie.
|Par Jeanpy Kabongo Kambeta









