Deux figures majeures du pouvoir en République démocratique du Congo s’opposent désormais ouvertement. Il s’agit des députés nationaux Augustin Kabuya et André Mbata, respectivement secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et secrétaire permanent de l’Union sacrée de la nation.Tous deux membres de la même majorité, ils se livrent actuellement à une lutte de leadership sans merci, révélatrice de profondes tensions internes.
Une rivalité amplifiée par l’élection du gouverneur du Sankuru
Les deux personnalités ne se sont jamais tolérées en vrai. Leurs prises de position sont généralement opposées, autant que ceux qui les soutiennent. Le conflit s’est intensifié à la suite de l’élection du gouverneur de la province du Sankuru. Le candidat de l’Union sacrée, Jules Lodi, a remporté le scrutin, tandis que celui soutenu par l’UDPS, sous l’impulsion d’Augustin Kabuya, a échoué.
Dans la foulée, André Mbata s’est publiquement félicité de cette victoire. Dans une vidéo devenue virale, il a lancé des piques à ses adversaires, les accusant d’être « du mauvais côté de l’histoire ».
Riposte musclée de Kabuya
La réaction d’Augustin Kabuya ne s’est pas fait attendre. Lors d’un meeting politique tenu le samedi 18 avril, le secrétaire général de l’UDPS a violemment répliqué, qualifiant André Mbata de « profiteur » n’ayant pas milité au sein du parti.
Pour appuyer ses propos, il a diffusé d’anciennes images montrant Mbata à l’époque où celui-ci évoluait à l’Union pour la nation congolaise entre 2014 et 2015. Il est allé plus loin en appelant les mandataires de l’UDPS à suspendre le versement de leurs cotisations à l’Union sacrée.
Deux camps désormais bien distincts
Au-delà d’un simple différend personnel, cette crise met en lumière une fracture interne plus profonde. Deux blocs se dessinent clairement. Dans le camp Kabuya, Peter Kazadi, député national et ancien vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, est monté au créneau pour défendre le secrétaire général de l’UDPS.
« Vous ne connaissez pas le Président Félix Tshisekedi mieux que moi, et vous n’avez pas partagé les épreuves que j’ai traversées à ses côtés », a-t-il déclaré.
En face, André Mbata bénéficie de soutiens de poids. L’actuel vice-Premier ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, s’est notamment rendu au siège de l’Union sacrée pour le féliciter après la victoire au Sankuru.
Selon plusieurs sources, Jean Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, ainsi que Taupin Kabongo, questeur du Sénat, figureraient également parmi ses soutiens.
Cette confrontation dépasse largement le cadre de deux personnalités. Elle fragilise l’UDPS et, par ricochet, l’ensemble de l’Union sacrée, pilier de la majorité au pouvoir.
L’image d’une famille politique divisée et proche de l’implosion se renforce, au moment où la stabilité du régime repose en grande partie sur la cohésion de ses composantes.
À qui profite la crise ?
Certaines analyses estiment que ces tensions internes ne sont pas totalement subies. Elles pourraient, au contraire, être tolérées par le Président de la République, Félix Tshisekedi, également président de l’UDPS, actuellement frappé d’indisponibilité statutaire.
En maintenant un équilibre entre différents pôles d’influence, le chef de l’État conserverait ainsi la maîtrise de son camp, tout en empêchant l’émergence d’un leadership alternatif capable de lui faire de l’ombre, comme ce fut le cas avec Jean-Marc Kabund.
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