Lundi 2-11-2026 I La semaine dernière, le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, s’est rendu à Katanda pour s’enquérir de l’état d’avancement des travaux d’installation de la cimenterie. Selon les informations communiquées à cette occasion, le taux d’exécution global du projet avoisine les 80 %, tandis que le montage des équipements est réalisé à près de 85 %. L’arrivée des derniers matériels devrait permettre d’envisager la production du premier sac de ciment au cours du premier trimestre 2027, selon l’entreprise chinoise chargée de l’exécution des travaux.
Mais derrière ces avancées techniques se dessine une interrogation sur la portée réelle de ce projet industriel et sa capacité à répondre aux attentes économiques et sociales des populations du Kasaï-Oriental.
En effet, dans sa configuration actuelle, la cimenterie de Katanda devrait essentiellement se consacrer au broyage et au conditionnement du clinker, un produit semi-fini utilisé dans la fabrication du ciment, qui serait acheminé depuis le Katanga ou le Kongo Central. Autrement dit, il ne serait pas prévu, à ce stade, d’installer sur le site l’ensemble de la chaîne de production du ciment, notamment en raison de l’insuffisance de l’énergie électrique disponible.
Cette orientation expliquerait pourquoi les équipements actuellement installés concernent principalement la dernière étape du processus industriel, à savoir le broyage du clinker (Cement Mill) et le conditionnement du ciment, selon une source proche du dossier.
Une telle configuration pourrait limiter les retombées économiques du projet. Sur le plan de l’emploi, une unité consacrée essentiellement au broyage et à l’ensachage devrait générer moins d’emplois directs qu’une cimenterie intégrant toute la chaîne de production. Sur le plan commercial, la baisse tant attendue du prix du ciment pourrait également rester limitée, compte tenu notamment des coûts d’approvisionnement et de transport du clinker depuis d’autres provinces.
À moyen terme, l’enjeu sera donc de faire évoluer cette installation vers une véritable cimenterie intégrée, capable d’exploiter les matières premières disponibles localement et de s’appuyer sur une alimentation électrique stable et suffisante. Cette transformation permettrait de construire une véritable chaîne de valeur industrielle dans la région, de multiplier les possibilités d’emploi local et de réduire sensiblement les coûts de production. L’objectif avancé est de parvenir, à terme, à une réduction pouvant atteindre 50 % du prix de vente du ciment, sous réserve de la réalisation de ces conditions.
Il convient de rappeler qu’en août 2024, le ministre national de l’Industrie avait procédé au lancement des travaux d’installation de cette usine, avec la promesse d’un démarrage de la production dans un délai d’une année. Le calendrier initial n’ayant pas été respecté, l’horizon du premier trimestre 2027 constitue désormais une nouvelle échéance attendue.
Pour les populations du Kasaï-Oriental, cette cimenterie représente bien plus qu’une simple unité de production. Elle porte l’espoir d’une renaissance industrielle dans une province profondément marquée par le déclin de la Minière de Bakwanga (MIBA) et la disparition ou l’affaiblissement de plusieurs unités de production.
Dès lors, la question mérite d’être posée : la cimenterie de Katanda sera-t-elle à la hauteur des attentes placées en elle ? Au-delà de la livraison du premier sac de ciment, le véritable défi sera de faire de ce projet un moteur de transformation économique, de création d’emplois et de réduction durable du coût des matériaux de construction dans la région.
|Par Arsène MPUNGA
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