Mauvaise qualité des communications, forfaits internet qui s’épuisent rapidement, coupures de fibre optique et insuffisance des infrastructures : face au mécontentement croissant des abonnés, le ministre des Postes et Télécommunications, Maître José Mpanda Kabangu, a réuni mercredi 26 août les quatre opérateurs de téléphonie mobile, le régulateur du secteur et plusieurs experts. Objectif : établir les responsabilités et dégager des solutions concrètes à une crise qui pénalise directement les consommateurs.
La rencontre s’est voulue franche. Autour de la table, Vodacom, Airtel, Orange et Africell, ainsi que l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), ont reconnu les difficultés auxquelles sont confrontés les abonnés. Le diagnostic fait ressortir plusieurs causes, notamment l’insuffisance de la couverture réseau, les zones blanches et d’ombre radio, le sous-dimensionnement de certains sites, les interférences, mais aussi la saturation des liaisons fibre et faisceaux hertziens, les coupures de transmission et la congestion du backbone.
À ces difficultés s’ajoutent les problèmes liés aux infrastructures et à l’énergie. Pannes de groupes électrogènes, batteries dégradées, indisponibilité de l’électricité, vandalisme, vol d’équipements et obsolescence de certaines installations constituent autant de facteurs qui affectent la continuité et la qualité des services. Les opérateurs ont également évoqué les coupures récurrentes de fibre optique et plaidé pour une meilleure protection des infrastructures critiques, une fourniture plus régulière de l’électricité ainsi que des mesures facilitant l’importation des équipements d’énergies renouvelables.
La question de l’épuisement jugé anormal des mégabytes a également été au cœur des échanges. Les opérateurs expliquent que l’évolution technologique, notamment avec les réseaux 4G et 5G, permet des vitesses de connexion plus élevées, mais entraîne aussi une consommation plus rapide des volumes de données. Mises à jour automatiques, synchronisation avec les services cloud, streaming vidéo et téléchargement de contenus en haute définition peuvent ainsi accélérer considérablement la consommation des forfaits. Les opérateurs ont toutefois reconnu un déficit d’information des abonnés et se sont engagés à renforcer l’éducation des consommateurs sur l’utilisation des smartphones et des données mobiles.
Sur la question de la qualité du service, le président de l’ARPTC, Christian Katende, a reconnu que les responsabilités sont partagées entre les opérateurs et l’État, notamment en matière d’encadrement et d’infrastructures. Le régulateur entend renforcer le suivi de la qualité grâce aux nouveaux équipements récemment acquis, capables de mesurer les performances des réseaux et de fournir des données objectives. L’objectif est également de mieux traiter les réclamations des abonnés et de veiller à ce que les opérateurs répondent effectivement aux problèmes signalés.
Mais c’est surtout la position du ministre José Mpanda Kabangu qui a marqué les esprits. Sans détour, il a rappelé aux opérateurs que les difficultés techniques ne sauraient justifier la perte des forfaits payés à l’avance par les consommateurs. « Nous devons éviter de voler la population », a-t-il lancé, estimant qu’un Congolais qui paie pour un service doit effectivement bénéficier de ce service. Les opérateurs ont, à l’issue de la réunion, pris l’engagement de restituer les unités et mégabytes non utilisés lorsqu’une interruption ou une défaillance du réseau est à l’origine de leur perte.
Au-delà des mesures immédiates, la réunion a surtout mis en lumière le déficit structurel d’infrastructures auquel la RDC doit faire face. Le pays aurait besoin d’au moins 54 000 kilomètres de fibre optique et de quelque 30 000 tours ou antennes pour répondre efficacement à la demande nationale, alors qu’il ne dispose actuellement que de moins de 4 000 kilomètres de fibre et de moins de 5 500 tours. Le chantier est donc immense. L’uniformisation du service clientèle, la mise à disposition d’un numéro vert de l’ARPTC et le renforcement des investissements constituent désormais des pistes prioritaires. Pour José Mpanda Kabangu, le temps des explications doit laisser place à celui des résultats : l’abonné congolais, qui paie son service à l’avance, est en droit d’exiger une qualité à la hauteur de son argent.
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