En marge du processus politique visant à mettre fin à plusieurs décennies de tensions récurrentes entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, Kinshasa et Kigali ont franchi une nouvelle étape en signant ce jeudi 4 décembre 2025, un accord économique majeur sous le label Regional Economic Integration Framework (REIF). Ce cadre entend jeter les bases d’une coopération structurée dans des secteurs jugés stratégiques pour la stabilité et la prospérité de la région des Grands Lacs.
Énergie : priorité à Ruzizi III et au potentiel du lac Kivu
Premier pilier du REIF, le secteur énergétique est considéré comme un moteur de transformation régionale. L’accord confirme la mise en œuvre accélérée du projet hydroélectrique Ruzizi III, infrastructure cruciale pour sécuriser l’approvisionnement en électricité au profit des deux pays — et de toute la région CEPGL.
Les parties ont également convenu d’une exploitation coordonnée du méthane du lac Kivu, avec l’objectif de créer un pool électrique régional capable de soutenir l’industrialisation naissante du Kivu et de fiabiliser les réseaux nationaux.
Infrastructures : connecter les territoires pour fluidifier les échanges
Le second volet porte sur un vaste programme d’infrastructures. Il inclut : la modernisation des routes stratégiques dans la région du Kivu ; le développement du transport lacustre et aérien, pour améliorer la mobilité entre Goma, Bukavu et Gisenyi ; l’intégration de la région au corridor de Lobito, nouvel axe continental soutenu par les États-Unis ; la création de postes frontières uniques pour réduire les coûts logistiques et les délais de transit ; et une coopération renforcée dans les TIC transfrontalières, afin de moderniser les services publics et bancaires.
Minerais : transparence, traçabilité et partage de valeur
Le REIF consacre également un chapitre stratégique aux chaînes d’approvisionnement minérales, secteur au cœur des enjeux géopolitiques régionaux. L’accord prévoit l’harmonisation fiscale ; la transparence et la traçabilité des minerais ; la formalisation accrue de l’exploitation artisanale ; la création éventuelle de zones économiques spéciales (ZES) transfrontalières ; et un partage plus équitable de la valeur ajoutée, notamment pour l’étain, le tantale, le tungstène, le niobium et l’or.
Une démarche qui vise à restaurer la confiance entre les deux États et à assainir un secteur souvent lié aux conflits armés.
Protection de l’environnement : une gestion intégrée des parcs nationaux
Autre axe majeur : la gestion conjointe des parcs nationaux de Virunga (RDC) et Volcanoes (Rwanda). Les deux gouvernements entendent harmoniser leurs stratégies de sécurité, valoriser un tourisme écologiquement responsable et mettre en œuvre une approche sanitaire intégrée One Health, indispensable dans un écosystème transfrontalier fragile.
Santé, agrobusiness et développement social : une vision à long terme
Enfin, le cadre REIF s’étend à la surveillance épidémiologique, à la préparation aux pandémies et à des programmes à long terme dans l’agrobusiness, l’eau et l’assainissement, l’éducation et le sport, autant de secteurs clés pour renforcer la résilience des populations.
Un volet économique pour accompagner la dynamique de paix
La signature de cet accord intervient en parallèle du processus politique visant à obtenir un accord de paix durable. En s’engageant sur le plan économique, Kinshasa et Kigali veulent démontrer leur volonté de tourner la page de la confrontation et d’ouvrir une ère de coopération pragmatique, fondée sur les intérêts mutuels.
Reste désormais l’épreuve décisive de la mise en œuvre. Car si les ambitions du REIF sont considérables, leur réalisation dépendra de la confiance entre les deux parties, de la stabilité sur le terrain et du respect des engagements sécuritaires — conditions indispensables pour que ce cadre économique devienne un véritable instrument de transformation régionale.
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